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REPAIR

Reconnaissance des Pair éducateurs-rices

L’objectif général du volet recherche du projet REPAIR est de caractériser de façon compréhensive et holistique la pair éducation et son apport dans les stratégies de prévention et de prise en charge du VIH, dans une perspective psychosociale. Il est question de : 

(1) explorer les pratiques sociales/professionnelles des Pair-es Educateur-rices (PE), ainsi que leurs interactions de façon située et contextualisée ; 

(2) évaluer la qualité de vie et le bien-être au travail des PE, et leurs dimensions psychosociales ;

(3) analyser les expériences vécues de la pair éducation, les pratiques associées et leurs mises en sens.

Période du projet :
-
Investigateur principal :

Marion Di Ciaccio

Membre(s) SESSTIM du projet :
Commanditaires :

Expertise France

Partenaires :

Coalition plus (France, Sénégal) SESSTIM, ANSS-Santé PLUS (Burundi) et ANCS (Sénégal)

Problématique:

Les Pair-es Éducateurs-rices (PE) font partie intégrante des ressources humaines en santé. Quels que soient les contextes économiques, politiques ou sanitaires, les PE ont un apport majeur dans les systèmes de santé : ils/elles comblent le déficit de stratégies et d’expertises des services de santé classiques, notamment pour accéder aux personnes les plus vulnérables ou les plus éloignées du soin. Dans les pays où les systèmes de santé sont fragiles, les PE sont indispensables pour l'accès à la prévention et aux soins de tous-tes : à chaque étape du continuum de soins, les PE jouent un rôle crucial sur le terrain dans la sensibilisation, le dépistage, le lien et la rétention vers le soin, l’accompagnement psycho-social et même le suivi biologique. Dans le champ du VIH, de la tuberculose, du paludisme ou de la santé sexuelle et reproductive, les PE ont démontré la pertinence de leur rôle d’interface entre la communauté et les systèmes de santé, l’efficacité de leur travail et leur contribution aux résultats nationaux de santé globale. L’éducation par les pair-es est reconnue pour son impact positif par rapport à d'autres approches.

           Bien qu’un pluralisme terminologique est constaté selon les pays (e.g., médiateurs-trices en santé, agents de santé communautaire (ASC)), les PE sont défini-es comme des intervenants-es de terrain, issus-es des communautés et menant auprès d’elles des activités au sein du continuum de soins (OMS, 1989). Dans le champ du VIH, les PE partagent ainsi le même statut que la population cible (statut sérologique, pratiques communes pouvant exposer à des risques infectieux, minorité de genre et sexuelle, etc.). Cette définition souligne l'importance de l'expérience et de l'identité partagée entre les PE et les populations qu'ils/elles accompagnent, contrairement aux ASC qui peuvent ne pas partager cette même identité mais travaillent dans la même zone géographique. 

Malgré leur rôle crucial, aucun pays ne reconnaît officiellement le statut des PE issu-es des organisations communautaires dans ses politiques. Leur inclusion dans les systèmes de santé est régie par des arrangements politiques variables et informels basés sur une conception occidentalo-centrée du bénévolat, appliquée aux pays à ressources limitées. Cette absence de reconnaissance officielle du statut des PE crée des disparités de traitement au sein des structures (rémunération, contrat de travail, accès à la sécurité sociale et à l'assurance maladie). La plupart des PE reçoivent une indemnisation plutôt qu'un vrai salaire, entraînant une rémunération insuffisante et indigne. Si leurs conditions de travail sont hétérogènes selon les pays et les projets, un point commun majeur reste la précarité de leurs situations. De plus, la rémunération des PE est généralement liée à des projets financés plutôt qu’à un emploi stable, ce qui limite leur reconnaissance professionnelle et affecte leur motivation, leur performance et leur capacité d’influence sur le terrain.

         Récemment, l'arrêt brutal ou la réduction des financements provenant de programmes comme l'USAID et le PEPFAR est venu reconfigurer l’accès à la prévention et aux soins dans la lutte contre le VIH, les trajectoires des populations vulnérabilisées et les dynamiques communautaires. Les progrès réalisés sont remis en question avec un risque accru de recrudescence de l'épidémie et d’augmentation des inégalités sociales d'accès aux soins. En effet, ces financements représentent une part considérable des ressources dédiées à la prévention, au dépistage, à l'accès aux traitements ARV et au renforcement des systèmes de santé locaux, pouvant aller jusqu’à 60% des financements de la lutte contre le VIH dans certains pays comme le Burundi. Les données récemment collectées confirment que ce sont les programmes de prévention à destination des personnes à haut risque d’infection au VIH qui sont le plus touchés incluant le financement des postes de PE, principalement au sein des organisations communautaires (OC). La réduction des financements risque ainsi d’accentuer d’autant plus la précarité de leur situation.

Par ailleurs, étant issu-es des populations clés (PC) discriminées et marginalisées, les PE sont vulnérables aux violences et agressions de la population générale, des forces de l'ordre, et parfois même des communautés qu'ils servent. Cette insécurité résulte d'un contexte politique, juridique et social particulièrement difficile pour les PC. Les défis incluent la criminalisation de l'homosexualité, du travail du sexe et de la consommation de drogues, avec des répercussions sévères pour les femmes, souvent doublement marginalisées en raison de leur genre. A cet égard, des données spécifiques sur les femmes PE manquent, mais les retours du terrain suggèrent qu’elles sont exposées aux violences sexistes et sexuelles dans leur travail avec des communautés souvent marginalisées, subissant harcèlement, agressions et violences verbales, exacerbées par un contexte socio-politique hostile envers les PC.

Méthode :

Ce projet de recherche se situe dans une approche de recherche participative. Le dispositif méthodologique combine à la fois des méthodes quantitatives et qualitatives (i.e., méthodes mixtes). Sur le plan opérationnel, chaque objectif spécifique fait l’objet d’une méthodologie dédiée décrite dans les sections suivantes. 

  • Pour explorer les pratiques sociales/professionnelles des PE, ainsi que leurs interactions dans le cadre de leurs activités professionnelles de façon située et contextualisée, une enquête combinant photovoix et journal de bord qualitatif sera mise en place auprès de 40 PE dans chaque pays. La combinaison de ces deux méthodes participatives de recherche permettra d'accéder à une certaine naturalité des phénomènes et des situations, tels qu’ils sont vécus par les PE, en alliant richesse et immédiateté des données, tout en promouvant une reconnaissance scientifique des savoirs expérientiels des participant-es.

  • Dans une approche exploratoire, une enquête par questionnaire sera mise en place pour évaluer la qualité de vie et le bien-être au travail des PE, et leurs dimensions psychosociales.

  • Pour analyser les expériences vécues de la pair éducation, les pratiques professionnelles, et leurs mises en sens, des entretiens semi-directifs seront réalisés auprès de 40 PE dans chaque pays

Perspectives :

Fournir une compréhension située des activités de pair-éducation par et pour les PE, qui tient compte des enjeux de genre et d’identité sociale afin de contribuer à la reconnaissance de leur rôle dans la santé globale des populations clés du VIH